24 juillet 2023 - Rando douce au Boulvé.

Pardon ? Non non, Madame, nous, locaux de ce village, habitants de cette région nous ne disons pas "Le Boulvééé" mais ""Le Boulveee", même si l’écriture est trompeuse, faut respecter la prononciation : très important ici !!". Bien, Madame je m’en souviendrai, en fait, nous, les 16 âmes, dont deux petits jeunots, qui formons le groupe de ce matin, nous en souviendrons
Donc, nous voilà partis, de ce beau petit village en direction du lieu-dit La Rouquette.
Mais avant, arrêtons-nous devant le lavoir qui jouxte le ruisseau du Boulvé et quoi de plus normal que cet élément pour faire vivre ces lieux si emblématiques de la vie de nos ancêtres.
Et si nous disions quelques mots sur les lavoirs ?
Ces édifices propres (et le mot est bien choisi !) à chaque village, que les communes tentent de préserver font partie du patrimoine si cher à nos grands-mères : elles ont soutenu avec l’aide des locaux, les campagnes de restauration.
Ils ont prospéré entre 1800 et 1952 jusqu’à l’arrivée des premières machines à laver le linge !
Dans le Lot, les lavoirs ont bien résisté malgré de nombreuses pertes mais l’extrême ruralité du département a freiné la désertification de ces lieux.
Le tout premier lavoir fut installé sur un bateau appelé "La Sirène" sur la Seine.
En effet, en 1623 le Roi autorisa, à Jean de la Grange, l’installation des bateaux-lavoirs à la seule condition de ne pas gêner la circulation. Toutefois, il sombra lors des grandes glaces de l’hiver 1830.
Cette disparition fut alors applaudie par les blanchisseurs qui avaient mal vu son ouverture.
Longtemps, la lessive s’est faite au bord de la rivière sur une pierre inclinée ou une simple planche et sans abri.
A la fin du XVIIIe siècle, un besoin d’hygiène croissant se fait sentir en réaction à la pollution industrielle et aux épidémies : les premières constructions des lavoirs font leur apparition et cela s’est accentué avec la loi du 3 Février 1851 qui vota un crédit spécial pour subventionner à hauteur de 30%, la création de ces bâtisses.
Certains confèrent au lavoir, l’allure d’un petit temple où le travail épuisant, éreintant et répétitif, se trouve valorisé presque sacralisé par cet édifice remarquable.
Ils se différencient par plusieurs points et peuvent se classer sous 4 types :
- en bord d’étang ou de rivière,
- couvert avec le bassin au centre,
- à impluvium, alimenté en eau de pluie par un toit incliné vers l’intérieur,
- tunnels, enterré et voûté dans un talus ou une falaise.
Dans le Lot, les 2 premiers types de lavoirs occupent le département dans une très grande majorité. Certains ont même leur propre spécificité avec leur dalle de pierre en forme de "V" et qui répondent au doux nom de "lavoir papillon".
L’utilisation fréquente de la pierre calcaire donne un charme supplémentaire au lavoir qui jadis était un lieu au plus haut point social : pendant ce long et dur travail de contact avec le linge, les femmes partageaient, divulguaient les nouvelles du village et des environs.
Au Moyen-Age, le linge de corps était lavé dans des lessiveuses d’eau bouillante, riches en cendres et frotté au savon gras, fait de suif de bœuf. Les draps sont bouillis puis blanchis au soleil, étendus sur l’herbe ou sur des perches.
Quant aux habits de dessus, dans les milieux aisés, ils sont régulièrement brossés et dégraissés.
Ce travail de nettoyage ne se faisait pas toutes les semaines !
Alors, les femmes descendaient leur propre grosse et lourde brouette à roues cerclées de fer, remplie du linge à laver, de la caisse où glisser les genoux (le garde à genoux), des battoirs, des brosses à chiendent, des bassines et de la lessiveuse.
Les draps et le linge de corps, avaient été mis à bouillir dans la lessiveuse préalablement avant la descente au lavoir où elles jetaient le linge à l’eau pour y être frotté à la brosse, rincé, tordu, plié plusieurs fois et battu avec le battoir en bois sur la pierre afin de l’essorer le plus possible.

Reprenons notre marche.
Nous quittons ce haut lieu de propreté et non de commérage, pour fouler sur la gauche ce sentier étroit où nos chaussures sont littéralement dissimulées dans une herbe haute et bien mouillée.
Les nuages se font menaçants, les gouttes commencent à perler sur nos joues mais la beauté et la quiétude du lieu, nous font oublier la fraîcheur du moment.
Nous longeons la départementale D28 entre la Rouquette et le Banudel.
Le sentier monte un peu, les cailloux roulent sous nos pieds et heureusement les bâtons pris en prévision nous sont d’une grande aide.
Nous passons le lieu-dit La Garrigue : ce petit nom, plutôt attribué à la Provence, est bien joli mais sans les cigales, la température étant, il perd un peu de son cachet.
Nous dominons sur la gauche le village de Ségos et son original "clocher mur" que nous apercevons à travers les branchages et bien évidemment, les photographes s’en donnent à cœur joie !!!

Mais qu’entendons-nous et que voyons-nous ? Des aboiements perpétrés par quatre superbes boules blanches toutes frétillantes de nous voir, qui arrivent à notre rencontre : trois Samoyède et un Berger Blanc Suisse, d’un blanc immaculé, les papattes dans la boue, talonnés par un poulain chevauché par une pitchounette de 4/5 ans et le tout supervisé par mamie, maman et petit frère !

Déjà 2km de parcourus, nous atteignons la Moulinie et quel bel endroit et surtout quelle bonne idée pour une pause !
Je m’aperçois que petit à petit les polaires, les chandails sont rangés dans les sacs à dos et les rayons commencent à percer à travers les feuillages bien denses des bois alentour.
Les aboiements, de deux petits toutous en chiens de garde, ne nous laissent pas trop le choix que de continuer notre randonnée et d’entamer notre dernière grimpette, tout en douceur jusqu’à La Viste où nous rejoignons la D28 et c’est la route de Tantine qui nous accueille à l’entrée du village pour nous ramener lentement vers le parking.
Merci Philippe pour cette découverte et à bientôt de tous vous retrouver avec grand plaisir sur nos sentiers.

Quelques curiosités et pourquoi pas de sorties ou de randonnées sur les lavoirs :

- LUGAGNAC : un lavoir papillon à l’architecture assez original puisqu’il est en rond,

- PUYJOURDES possède 3 lavoirs :
- le 1er qui est petit, se situe au centre du magnifique village du Causse,
- le 2ème avec ses pierres en forme de papillon, certaines sont d’origine, est alimenté par une fontaine et se poursuit par un très beau lac. Il est situé à la sortie du village sur la route D221 en direction de Larcher.
- le 3ème est situé au bas du village sur la route D79 près de Souliers.

- AUJOUL : son lavoir papillon peut surprendre par ses importantes capacités de lavage. Or, il devait aussi servir à tanner les peaux car les animaux étaient nombreux dans ce département.

- MARTEL : son lavoir est impressionnant par ses dimensions,

- LA BURGADE : beau lavoir papillon,

- GOURDON : beau lavoir en forme de terrasse comme celui de FIGEAC.

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